Mal... comment ?
“Le tatouage, ça fait moins mal qu'on pense et beaucoup plus qu'on l'imagine. En fait, ce que tu ressens, ça correspond au martèlement d'un stylo à pointe fine s'enfonçant à toute vitesse dans la chair. C'est le principe de la machine à coudre. Il y a des zones supportables et d'autres où tu fais moins le malin.”
[Extrait du spectacle “L'homme tatoué” de Pascal Tourain, texte paru aux éditions du Yunnan, 2004]
Partie intégrante du tatouage
Pour certains, la douleur revêt un caractère rituel. De là à prétendre que cette douleur est recherchée et apporte du plaisir à la personne qui s'y soumet... cette attitude sado/maso existe peut-être mais ne concerne qu'une infime part des tatoués !
La plupart des candidats au tatouage estiment simplement que se faire tatouer étant un acte volontaire, la douleur n'est pas “subie” de la même manière que si l'effraction cutanée n'était pas choisie... “Sentir” le tatouage fait partie de la démarche... Supprimer la douleur revient à banaliser l'acte...
“Un tatouage, ça se mérite. Indolore, ça reviendrait, si t'étais alpiniste, à te faire poser en hélicoptère sur le sommet de l'Himalaya pour planter ton petit drapeau sans que tu aies eu l'escalade à effectuer. Où serait le plaisir ? [...] C'est une épreuve initiatique non pas que tu t'infliges mais que tu t'offres.”
[Extrait du spectacle “L'homme tatoué” de Pascal Tourain, texte paru aux éditions du Yunnan, 2004]
Il semble plutôt que chaque candidat au tatouage tâche de relativiser la douleur perçue à sa façon : c'est plus “désagréable” que franchement et systématiquement “douloureux”, c'est une épreuve nécessaire pour mériter le tatouage, la douleur renforce le souvenir de la marque...
“La douleur est une sensation désagréable, associant des expériences émotionnelles, physiques et psychologiques. Elle dépend de la stimulation et de la façon dont on l'interprète, en fonction d'une humeur et des expériences antérieures.”
[Citation du Docteur Boulu - neurologue - reprise dans Tatouage Magazine]
Ses mécanismes ne sont que partiellement expliqués par la science. Une certitude cependant : nous ne sommes pas égaux face à la douleur.
Lors du premier tatouage, on accumule un certain stress et la surprise de la sensation... C'est alors souvent le début d'une longue série, où chacun gère la douleur à sa façon... ou bien c'est le dernier et plus jamais on ne voudra revivre ce “mauvais moment” !
Bien vivre la douleur
Il existe quelques traitements médicamenteux, mais rappelez-vous que la plupart d'entre eux doivent être utilisés sous contrôle médical. Je pense notamment à l'Emla® (crème ou patch), utilisé -en France- par certains tatoueurs... Il s'agit d'un anesthésique local, délivré sur ordonnance. Le recours à un tel produit est à déconseiller pour plusieurs raisons :
> il est conçu essentiellement en prévention de la douleur pour des actes tels que prise de sang, piqûre, pose d'un cathéter, ou actes chirurgicaux superficiels, donc pour des surfaces le plus souvent très réduites (moins de 10 cm2) et ne doit pas être utilisé pour des grandes pièces ;
> hors du contexte médical, son utilisation est fastidieuse : la crème doit être appliquée 1 heure avant l'acte, l'effet anesthésique étant “optimal” 2 heures après l'application. Au-delà l'effet diminue et disparait 4 heures après l'application. Ces durées varient bien entendu en fonction de la dose appliquée et de l'épaisseur de la peau. Et lorsque l'effet anesthésique disparait... la peau devient encore plus sensible ;
> il est indispensable de bien connaitre les contre-indications, les précautions d'emploi, les interactions médicamenteuses, ainsi que les risques en cas de surdosage ;
> plusieurs tatoueurs ont constaté une nette modification de la peau, occasionnant une gêne pour leur travail, et des conséquences non négligeables sur l'aspect des couleurs après cicatrisation...
L'homéopathie peut éventuellement constituer un bon compromis. Dans des cas rares et extrêmes (séances de plusieurs heures de travail), il arrive que des tatoueurs aient recours à la morphine : mais en aucun cas ce n'est à lui de procéder au dosage et à l'injection ou l'ingestion !!! (cela relèverait de l'exercice illégal de la médecine... ou du trafic de stupéfiant).
Le meilleur remède reste le mental. Un moyen de limiter la douleur consiste à maintenir ses muscles entièrement détendus tout au long de l'exécution. Le stress individuel exerce par ailleurs une grande influence, tant sur la douleur que sur la facilité de prise de la couleur durant la réalisation du travail. Mieux vaut donc éviter de se faire tatouer en période de nervosité extrême.
Dès le soir précédent la séance, ni aspirine, ni alcool : ces derniers fluidifient le sang et accentuent le saignement de la zone à tatouer... Ce n'est pas forcément douloureux mais cela peut gêner le travail du tatoueur... Par extension, ne prenez aucune substance psychotrope (médicaments, drogues douces ou autres), tout simplement pour être parfaitement clair pendant la séance...
A l'attention des novices, sachez que le tatouage par un dermographe (le plus répandu) est bien moins douloureux que le piquage manuel, qui suscite encore - à nouveau ? - l'intérêt d'un nombre important de tatoueurs et de tatoués de tous les continents. Les séances de tatouage “à la main”, spectaculaires, intriguent et fascinent toujours, mais sont particulièrement longues et douloureuses...
Dans le cas du dermographe, la douleur, intense dès les premiers coups d'aiguilles, s'atténue au bout de quelques minutes grâce à votre endorphine - substance sécrétée par le cerveau et présentant les propriétés antalgiques de la morphine -, pour redevenir assez insupportable si la séance dure plus de 3 ou 4 heures...